Sarah McCoy : Une voix vertigineuse

Au-delà de ses saillies humoristiques qui, comme sa voix et sa présence, emportent tout dans un tourbillon émotionnel, Sarah McCoy éblouit un public, toujours plus large en Europe, par son humanité. On la compare à Amy Winehouse ou Nina Simone. Mais elle est surtout une artiste immense.

En digne héritière de l’école du blues, de la soul et du jazz, Sarah McCoy a fait de sa voix le véhicule de sa tristesse et de sa rage.
Sarah McCoy au festival de Montreux. Photo by Loona/ABACAPRESS.COM ©Loona/Abaca

En digne héritière de l’école du blues, de la soul et du jazz, elle a fait de sa voix le véhicule de sa tristesse et de sa rage. Pourtant, ses nombreux et puissants éclats de rire la définissent tout autant. Découverte à la Nouvelle Orléans, adoubée en France où elle vit depuis 2017, la Californienne a sorti un deuxième album envoûtant, « High Priestess », réalisé par Chilly Gonzales et Renaud Letang. Oh My God !

« J’ai la chance d’avoir rencontré les bonnes personnes désireuses de m’aider et de croire en moi. De toute façon, j’aime croire en la bonté des gens. Même aujourd’hui en étant plus connue, j’ai du mal à rester objective quant à mon talent. Disons que « ça sonne bien quand ça sort » ! Un jour, je m’exerçais à la guitare dans un parc en Californie et un homme marchait au loin. Je me suis dit « si je chante et que j’arrive à capter son attention, c’est que j’ai un petit quelque chose ». Avant la fin de la chanson, il était devant moi. Quand je vois le chemin parcouru depuis les bars où je me produisais, il y a de quoi avoir le vertige. Je n’ai pas de vraie carrière aux USA mais ça ne m’embête pas, je suis déjà tellement reconnaissante de connaître ce destin. Je ne cherche pas à être célèbre mais à partager ma musique, et surtout pas dans un but narcissique. Je ne supporte pas l’idée de devenir un produit, je vise plutôt la meilleure version de moi-même. »

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« Chanter un titre équivaut à retraverser une émotion ancienne »

Blessures d’enfance

Spontanée et sincère, Sarah McCoy propose également autre chose sur scène, de par ses tenues et son maquillage, douce et féroce derrière son piano. « Il s’agit de moi de façon exagérée. Je me sens « segmentée », je montre l’une de mes facettes, éclatante et hors de contrôle tout en essayant de la maîtriser. Le maquillage est autant une protection qu’une démonstration dramaturgique. »

Composer et chanter semble être une souffrance et une libération. « La musique est une langue sans mots, mes paroles sont juste une sublimation de ce que j’exprime, à savoir expliquer comment je me sens. Une attitude salvatrice quand on a connu des périodes très douloureuses. Chanter un titre équivaut à retraverser une émotion ancienne et à la comprendre davantage. Je porte alors un regard différent sur mon enfance, quand je suppliais ma mère de m’accorder son amour et étais traversée par nombre de questions universelles. » Et les chœurs magnifiques enveloppent plusieurs des chansons. « Il y a mille voix dans ma tête, je m’en suis entourée pour cet album »

Entre joie et fêlures, elle se livre gaiement. « J’ai très peur de l’humiliation, l’humour me permet de me cacher et de repousser cette voix intérieure qui m’abreuve de pensées négatives. Il me permet de rire de moi-même avant que d’autres le fassent. »

Album : Sarah McCoy, « High Priestess », Gold Leaf Production / PIAS

Concerts : le 29 juin à l’Arsonic à Mons et le 8 novembre au Théâtre 140 à Bruxelles

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